Besancenot, un opposant trop présent
Titem | 16 février 2009Vous avez sans doute encore en tête les chiffres de ce sondage pour Le Figaro et LCI. Selon le baromètre OpinionWay, Olivier Besancenot serait le meilleur opposant à Nicolas Sarkozy pour 23 % des Français. Place qu’il occupe en fait depuis… juin 2008 ! Dix points derrière lui, on retrouve le nouveau leader du Parti Socialiste, Martine Aubry. Ségolène Royal et François Bayrou se partagent la troisième place avec 6%.
A la question de savoir si Olivier Besancenot (crédit photo : G. Paumier) et son Nouveau Parti Anticapitaliste constituent une menace pour le Parti Socialiste, je vous invite à lire cet article du Figaro. Quant à l’analyse du succès du facteur de Neuilly, cette note de Luc Mandret, rédigée en juin 2008, demeure d’actualité.
Les Français semblent trouver en Olivier Besancenot, ce travailleur qui semble sympathique et gouailleur, un exutoire à leur colère sociale. Il est jeune, il a du charisme, il plaît. Ont-ils lu son programme, sont-ils prêts à le suivre dans les urnes, cela reste à prouver. Mais ne faut-il pas voir dans le succès d’Olivier Besancenot l’œuvre d’une main invisible, celle des médias ?
Ce qui frappe en effet, et bien davantage en ces temps où les médias ne cessent de parler de la crise et encore plus depuis la création du Nouveau Parti Anticapitaliste, c’est la présence à l’excès d’Olivier Besancenot dans les médias.
L’avis du CSA sur les temps de parole : un étrange cocktail pagnolesque en quatre tiers
Ce n’était d’abord qu’une impression, elle se retrouve confirmée par les chiffres du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), que je vous laisse consulter. Petit inconvénient : l’institution ne fournit actuellement que les chiffres de juillet, d’août et de septembre, il serait bon d’additionner les temps d’antenne par parti pour toutes les chaînes, ainsi que pour toute l’année. Mais l’on voit tout de même très nettement que la LCR (sauf en septembre) a un temps de parole nettement supérieur à celui des Verts, du Parti Communiste, du Front National, et comparable à celui du MoDem (sauf pour iTélé). Or, est-il nécessaire de vous rappeler ces quelques chiffres ?
LCR : 1.500.000 voix pour Olivier Besancenot en 2007, 0 député et combien de maires ?
PCF : 700.000 voix pour Marie-Georges Buffet en 2007, 15 députés (entre autres représentants).
MoDem : 6.800.000 voix pour François Bayrou, 3 députés (entre autres représentants).
FN : 3.800.000 voix pour Jean-Marie Le Pen. Aucun maire mais 7 députés européens.
On parle en effet souvent de l’omniprésence de Nicolas Sarkozy. Ce n’est pas faux. Mais est-il normal qu’un parti aussi peu représenté et représentatif de la population que la LCR ait un temps de parole aussi supérieur à celui d’autres partis ayant plus d’audience ?
Les temps de parole sont en fait régis par la règle des trois tiers. Ainsi, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel précise sur son site Internet :
L’importance que revêt le pluralisme politique a conduit les instances de régulation successives à s’appuyer sur une référence quantitative préexistante : la règle dite des trois tiers, c’est-à-dire un tiers de temps de parole pour le gouvernement, un tiers pour la majorité parlementaire, un tiers pour l’opposition parlementaire.
Il précise par ailleurs :
Le Conseil considère ensuite que la répartition des personnalités politiques entre les catégories gouvernement, majorité parlementaire, opposition parlementaire, garde un sens tant institutionnel que politique. De plus, le Conseil juge utile de prendre en compte une quatrième catégorie, celle des formations politiques non représentées au Parlement. Une répartition des temps de parole préétablie sur une base strictement arithmétique entre ces quatre catégories ne semble pas pour autant nécessaire.
On retiendra donc que pour le CSA, il n’est pas nécessaire que la répartition des temps de parole soit établie sur une base strictement arithmétique. Cela justifie-t-il toutefois que parmi cette quatrième catégorie, les formations politiques non représentées, l’un de ces partis, la LCR, tire son épingle du jeu et parfois même plus que des partis représentés dans les conseils municipaux et le parlement national ou européen ?
Les médias parlent-ils plus d’Olivier Besancenot parce qu’il fait vendre ? Ou l’abus de sa présence sur le petit écran est-elle une façon de montrer aux Français qu’il est en fait le meilleur opposant de France à Nicolas Sarkozy ? De là à penser que le but à terme est de faire du NPA envers le PS ce que le FN fut au RPR, il n’y a qu’un pas… Ce qui est sûr, c’est que la répartition des temps de parole par le CSA, elle, est un peu ce que le cocktail du picon-citron-curaçao est César chez Pagnol. Un étrange cocktail en quatre tiers inégaux.






