Cet autre vote américain qui retire un droit : la Proposition 8
Titem | 6 novembre 2008C’est tout logiquement que le Monde avait les yeux tournés vers les États-Unis, espérant, pour la plupart, l’élection de Barack Obama. Mais ce 4 novembre n’était pas seulement le jour de l’élection présidentielle : les Américains votèrent également pour leurs représentants à la Chambre, pour renouveler, dans certains États, leurs sénateurs et leurs gouverneurs, pour désigner leur shérif ou d’autres autorités, ou encore répondre à des référendums. Parmi ces derniers, un certain nombre concernaient le mariage homosexuel. Le vote le plus important a eu lieu en Californie, l’État le plus peuplé des États-Unis, où le mariage homosexuel a été reconnu le 17 juin 2008 suite à deux décisions de la Cour Suprême de la Californie.
Une pétition pour protester contre cette décision a réuni suffisamment de signatures pour pouvoir être soumise à l’opinion des Californiens lors du vote du 4 novembre. Elle allait devenir la « Proposition 8″. La campagne fut rythmée par les spots de pub des deux camps. Ceux en faveur de la proposition 8, donc opposés au mariage des couples de même sexe, donnés en retard dans les sondages, se sont même servis de la France pour leurs fins publicitaires. (voir vidéo ci-dessous). De leur côté, les opposants à la proposition 8 pouvait se targuer du soutien moral et financier des stars d’Hollywood.
La Proposition 8 a finalement été acceptée par 52,5 % des suffrages, pour un écart de 500.000 voix. Néanmoins, il reste encore à dépouiller les trois millions de votes de ceux qui le firent en avance ou par courrier.
Mais déjà, le résultat est contesté par les opposants à la Proposition 8. Pour eux, une modification de la Constitution nécessite l’accord préalable des 2/3 des membres de chacune des Chambres du Parlement Californien. Par ailleurs, il se pourrait que ce soit une nouvelle fois le judiciaire qui tranche sur cette question. A l’heure actuelle, ce sont toutefois près de 17.000 couples déjà mariés qui se retrouve dans une situation juridique précaire : il n’est pas encore certain que cette décision sera rétroactive, annulant de fait tous les mariages déjà contractés.
Rien ni personne n’est en mesure de pouvoir retirer un droit à autrui
Sur un plan formel, on ne peut que remarquer l’habileté des opposants au mariage homosexuel. On sait que la manière dont la question est formulée compte beaucoup et que sauf exception, il est toujours facile de répondre oui que non. Aussi ce référendum a-t-il été présenté non comme le retrait d’un droit, mais la défense de la Constitution et de la famille. Voulez-vous oui ou non défendre nos institutions ?
Mais sur le fond, il s’agit pourtant bel et bien de retirer un droit : celui d’être traité de façon équitable, de pouvoir fonder une famille et de bénéficier de la même protection, de la même aide, pour les couples qui participent à la vie de la société. Et je suis choqué que l’État, par le biais d’une majorité de citoyens, prétende discriminer une catégorie de la population dans ce qui relève d’un choix individuel, propre à chaque citoyen, et qui n’a rien de dangereux ou de répréhensible : le droit de pouvoir fonder une famille avec la personne qui partage notre vie. Et par famille, j’entends d’abord le couple adulte, je ne parle même pas ici des enfants.
Jusqu’à présent, je regrettais que les gouvernements et leurs citoyens n’accordent pas la même bienveillance à l’égard des couples homosexuels. Mais ici, c’est plus grave, car des citoyens se sont prononcés pour retirer à d’autres cette équité qui leur avait été finalement accordée ! Et j’enrage autant de voir la bêtise et l’ignorance de ceux qui ont pris cette décision que devant ses conséquences. En quoi se sentent-ils menacés ? Ils ne voudraient tout de même pas séparer les couples homosexuels de force ! Je ne suis pas de ceux qui, comme Hobbes, estimaient que seuls les hommes pouvaient décider ou non de se séparer de l’un de leurs droits fondamentaux. C’est pour moi inacceptable.
Le droit de pouvoir vivre avec la personne que l’on souhaite fait partie de nos jours de ces droits basiques, naturels, fondamentaux… Appelez-les comme vous voulez, refusez le terme de mariage si cela vous dit, mais rien, ni personne, ne peut raisonnablement justifier que l’on puisse retirer ce droit à ceux qui souhaitent naturellement en bénéficier. Pas même une majorité de votants.






