Que faisiez-vous le 21 avril, que ferez-vous le 22 ?
Titem | 22 avril 2011Après la lecture du billet de Tambour Major sur ce sujet, j’ai eu, moi aussi, envie de répondre à la question qu’il posait à la fin : « et vous, vous faisiez quoi, le 21 avril 2002 ? ». A la différence de mon collègue de la Photo du Mois, je n’ai pas autant de souvenirs précis sur ces journées qui sont tant rentrées dans notre inconscient que la seule date suffit à faire rejaillir des souvenirs : 11 septembre, 21 septembre, 29 mai… ou 21 avril. Je me souviens du moment précis où j’ai appris l’événement, ce que j’ai ressenti après, mais rarement de la banalité des instants qui l’ont précédé.
15 ans, déjà très intéressé par la politique à l’école et ayant l’ambition de tenter les concours des IEP. Lors d’un cours d’instruction civique où il était question de la prochaine élection présidentielle, l’une de mes camarades avait avoué que, si elle avait eu 18 ans, elle aurait sans doute voté pour Jean-Marie le Pen car, « quand même, il a parfois raison sur certains questions, notamment sur l’immigration ». Sa réaction m’avait grandement étonné car cette jeune fille, l’une des plus populaires de la classe, pleine de gouaille et de malice, fréquentait des gens de toute origine – à Tourcoing où j’ai étudié durant tout mon secondaire, il y a surtout des descendants de Portugais et de Maghrébins. Je lui avais – et je l’ai un peu regretté sur le moment – assez sèchement répondu que seuls les naïfs pouvaient être séduits par son discours populiste qui s’en prenait à des boucs-émissaires et que je ne comprenais comment une fille aussi ouverte qu’elle pouvait se laisser berner. Notre professeur, quant à elle, avait admis être très intéressée par le discours de François Bayrou, notamment en matière d’éducation.
Le 21 avril, le malaise était palpable. Sur le plateau de France 2, on nous annonçait des surprises mais l’on sentait qu’elle ne serait pas bonne. Puis l’annonce, et les visages de Jacques Chirac et de Jean-Marie le Pen. J’inspirais avec effroi. Le candidat socialiste qui ne semble pas être en mesure de se qualifier pour le second tour.
A la maison nous étions effondrés, hébétés. « Bon, on sait pour qui on va voter au prochain tour… ». Etait-ce mon père, était-ce ma mère qui lâcha en premier ce constat ? De son côté ma grand-mère ne manqua pas de dire que jamais, au grand jamais, elle n’aurait imaginé un jour voter Chirac. J’ai envoyé des sms à deux de mes meilleurs amis avec ce commentaire ironique « Douce France, cher pays de mon enfance… » – dont j’ignorais alors que Rachid Taha avait enregistré une version. Finie l’illusion d’une France joyeuse et insouciante, ouverte à l’autre. Après l’Autriche de Jorg Haider, même si Le Pen ne sera pas élu, nous serions montrés du doigt.
Par la suite, il y eut des manifestations de jeunes contre la qualification du candidat frontiste au 2e tour des Présidentielles. Certains se souviendront des slogans tels que « F comme fasciste et N comme Nazi » ; dans mon école, certains ont lancé l’idée d’aller manifester. Personnellement, je n’y suis pas allé. Bien que cette situation politique me faisait honte, la démocratie avait parlé et du reste, je n’ai jamais beaucoup aimé les manifestations.
Et aujourd’hui, que reste-t-il ? Comme je le disais, la date est prégnante dans l’inconscient collectif, en particulier dans l’esprit des futurs candidats, Marine le Pen rêvant de « son » 21 avril, gauche et droite craignant d’en être la victime si elles devaient partir trop divisés. Le 21 avril nous a tous étonnés car, dans notre régime semi-présidentiel, avec un suffrage présidentiel à deux tours, dans un pays marqué par une fracture droite-gauche, il était inenvisageable qu’un autre candidat vienne troubler et équilibre, a fortiori un candidat d’extrême-droite ! Mais dans les régimes parlementaires européens à un tour, nul besoin d’un séisme comme celui du 21 avril : qu’ils soient d’extrême-droite, de droite populiste, nationaliste, xénophobe, europhobes… Tous progressent lors des élections générales ; dernièrement en Finlande avec le Parti des Vrais Finlandais.
Dans la polémique qui oppose la chroniqueuse Sophia Aram, qui parle « des cons qui votent FN » à Guy Carlier qui la traite de « petite conne » et joue du lamento pour évoquer les petites gens qui ont peur du déclassement social et de la délinquance et votent FN par réaction, j’ai un peu l’impression que l’on tente trop facilement d’excuser l’un, pour mieux accuser l’autre. Aujourd’hui, Marine Le Pen présente une façade plus respectable au parti fondé par son père. Elle est plus intelligente et paraît plus aimable. Elle a abandonné le discours économique libéral de son père pour un biais plus social et interventionnsite. Elle a troqué la xénophobie pour l’islamophobie, qui, en raison de la lutte contre la soi-disant pensée unique, passe mieux dans la société.
Face à cette montée des populismes, il est grand temps de ne plus éviter le débat contre le Front National, mais de le faire sans perdre de vues nos valeurs. Répéter que l’on est Français, point barre, et que les musulmans sont, pour la plupart, bien intégrés. Que quand Marine Le Pen soutient la sortie de l’euro, cette solution serait encore plus néfaste pour notre économie. Faire l’effort de se renseigner pour exercer son vote de citoyen et ne pas laisser les autres choisir à notre place.
La vraie question qui se pose est « Et vous, que ferez-vous, le 22 avril 2012 ? »








Avec mon frère et deux amies, nous avions décidé de nous offrir une semaine de vacances. Nous avons choisi Malte, du dimanche au dimanche car je tenais à voter. En 1988, j’étais trop jeune, en 1995 j’étais sous les drapeaux et j’ai voté par procuration (un peu frustrant), là je voulais voter.
Vote en matinée, déjeuner en famille, et puis nous avons pris l’avion à Orly, direction La Valette. Arrivée à Malte, j’appelle mes parents. Il était un peu plus de 20h. Ma mère me lance tout de go : Le Pen est au deuxième tour.
Nous avons vu les premières images et les premiers mouvements de foule à la télévision dans notre location. Drôle de soirée alors que nous étions à l’autre bout de l’Europe…
J’ai tout de suite compris que Chirac serait réélu. Comme ta grand-mère, je me suis dit qu’il fallait que je vote pour Chirac. Après 14 ans de Mitterrandisme, nous étions partis pour 14 ans de Chiraquisme (le quinquennat n’était pas encore d’actualité). Deux présidents en 28 ans, en fait 26… une génération.
Le 21 avril a changé les choses pour les élections suivantes. Le « vote utile » s’est imposé en 2007, en écrasant les petites listes. Et aujourd’hui que l’UMP et le FN ne sont plus si différents, on ne sait plus trop ce qui peut se passer et un « 21 avril à l’envers » est une possibilité. Les sondages disent tous Sarkozy battu, sauf s’il se glisse devant le candidat PS, auquel cas il serait réélu comme Chirac. C’est sans doute ce qu’il espère, à mon humble avis, puisqu’un nouveau « 21 avril » signifierait une victoire assurée.
La Ve République est un peu fiévreuse, non?
Tu as eu le bon réflexe citoyen de faire procuration pour pouvoir exprimer ton vote ! Je crois que le vote par anticipation (comme au Canada) serait également une bonne idée pour diminuer le taux d’abstention.
Effectivement deux présidents en une génération… La France a beaucoup changé (notamment avec l’intégration européenne et la monnaie unique) mais a-t-on su tirer profit de ces quelques trois décennies ?
Oui, la Ve République est fiévreuse, la faute aux pompiers pyromanes de l’UMP qui lancent des faux débats pour espérer attirer les électeurs du Front National ; non seulement je ne suis pas certain que cela réussisse, mais il faut voir le prix que l’on paye, celui de diviser notre pays.
Quinze jours se sont écoulés depuis ce billet dans lequel tu évoques Sofia Aram, dont j’apprécie d’ailleurs les billets le matin sur France Inter, et la polémique qui a entouré ses déclarations dans l’un d’eux. Une polémique qui a fait « pschiiiiiit » et dont on a presque oublié qu’elle a eu lieu. L’actualité est bien fuyante….